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Nouveaux regards sur le Syndrome de Fibromyalgie (FMS) ou Le double secret de la Fibromyalgie

     

Dr Jean-François MARC, Rhumatologue   

 

                                                                                                
Introduction

FMS : un état douloureux particulier

1- Définition
2- La remarquable fixité du tableau clinique
3- Les preuves du syndrome douloureux
4- La cause du FMS est connue si l’on s’en tient   à la stricte définition ACR 1990

FMS : pas seulement un état douloureux

1- La tétrade symptomatique
2-   La présentation selon le médecin sollicité
3-   Le cortège des autres symptômes

FMS : regroupements syndromiques

1- Le spectre des désordres affectifs 
2- Les syndromes centraux de sensibilité 
3- Le syndrome somatoforme fonctionnel  du DMS IV

FMS : liens avec l’état de stress post-traumatique

1- L’état de stress post-traumatique
2- Liens entre FMS et ESPT

FMS : un état de stress primordial ?

1- Le stress omniprésent comme facteur déclenchant et aggravant du FMS
2- Les signes prémonitoires  du FMS
3- L’injustice d’enfance cause du FMS
4- Les baby’s girl FMS
5- Le rôle facilitant de la corticothérapie pendant la grossesse
   
FMS : le syndrome d’épuisement et de vulnérabilité au stress (EVSS) 
     Syndrome of Exhaustion and Vulnerability to the Stress


1- La séquence étiopathogénique: le double secret du FMS
2- Des incertitudes persistent
3- Proposition de marqueurs biocliniques et somnographiques
4- Une prise en charge thérapeutique en 6 axes
5- Structurer la consultation d’un patient fibromyalgique

Conclusion

Bibliographie


Introduction

Le FMS entité clinique complexe définie par les critères de classification américains ACR (1) depuis 1990 et reconnue par la WHO en 1992 fait l’objet de controverses acharnées  quant  à  son existence même.

Le FMS vient de bénéficier  en 2007 d’une nouvelle reconnaissance de la WHO dans la version révisée de la CIM-10 (2). Il n’est plus considéré comme un rhumatisme non spécifique mais porte quatre appellations : Fibrositis - clin d’œil à  Sir W Gowers (3) (4)- Fibromyalgia  et Fibromyositis ou Myofibrositis.   (Figure 1)

Nous proposons à partir de la définition purement algologique du FMS d’élargir la réflexion étiopathogénique dans le cadre d’une plus grande globalité des symptômes.

Nous envisagerons successivement la place de la Fibromyalgie parmi les regroupements syndromiques du spectre des désordres affectifs de Pope et Hudson, plus récemment du syndrome de sensibilité centrale de MB Yunus, enfin des rhumatismes psychogéniques du syndrome somatoforme fonctionnel.

Devant l’évidence de liens étroits entre les syndromes de Fibromyalgie et  de stress post-traumatique, de l’omniprésence du stress en tant que facteur aggravant et déclenchant du syndrome de Fibromyalgie, un nouveau regard sur cette pathologie s’est imposé.

De nombreux auteurs ont insisté ces dernières années sur le rôle pathogène d’un stress majeur subi dans la petite enfance et de récentes publications admettent le  rôle probable d’une altération prénatale de la programmation de l’axe neuroendocrinien du stress dans l’émergence de la Fibromyalgie à l’âge adulte.

Dans un esprit de synthèse, cet article propose le concept de syndrome de vulnérabilité et d’épuisement de l’axe neuroendocrinien  du stress (EVSS) comme déterminant de la Fibromyalgie qui ne serait que le stade clinique ultime d’une forme de « burn out » de stress et d’hypo-sommeil.

FMS : un état douloureux particulier

1- Définition

Le syndrome de Fibromyalgie (FMS) peut être   défini selon les critères de classification de l’Américan College of Rheumatology (ACR) de 1990 comme un état douloureux musculo-squelettique spontané diffus bilatéral évoluant depuis plus de 3 mois associé  à la présence de minimum 11 points tendinomusculaires d’examen sur 18 sites répertoriés.

2- La surprenante fixité du tableau clinique

Ce qui est tout à fait remarquable, c’est la fixité et l’unicité  du tableau clinique du FMS tant chez un même patient que d’un patient par rapport  à un autre quelles que soient les contrées d’un pays industrialisé.

Au-delà des fluctuations d’intensité  des périodes  symptomatiques et des variations de la richesse du cortège des  symptômes  mineurs qui a fait parler de syndrome de l’irritabilité de tout ou « irritable éverything syndrome » des anglo-saxons, la présentation clinique reste similaire, la patiente consultant pour des « douleurs partout », de la fatigue intense  et troubles de la sphère psychologique (concentration, attention, humeur…)

Les troubles du sommeil par contre sont rarement mis en avant par le malade (5) et diversement appréciés par les médecins (6).

L’examen en dehors des points douloureux aux sites  répertoriés et des points négatifs reste remarquablement dissocié pauvre en l’absence de pathologie concomitante.

3- Les preuves du syndrome douloureux existent

Des preuves d’amplification de la perception  des signaux  douloureux  à point de départ nociceptif existent lors d’épreuves  de douleurs provoquées avec seuil douloureux abaissé lors  d’enregistrements électro physiologiques.

Le PET-Scan, la TEP et l’IRM fonctionnelle cérébrale (7) (8) (9) (10) (11) (12) (13) objectivent des anomalies de gestion des douleurs nociceptives et neuropathiques tant  aux modes de la transmission (phénomène de sensibilisation, système spino-réticulo-thalamique), d’intégration (gestion centrale par la  matrice neuronale cérébrale) que de leur modulation  (substance grise périaqueducale, voies inhibitrices descendantes hypothalamo-médullaires)

4- La cause du FMS est connue si l’on s’en tient à la stricte définition ACR 1990

Si l’on s’en tient  à la stricte définition  ACR  90  du FMS qui ne tient compte que de l’aspect douleur,  la cause de la Fibromyalgie est  maintenant connue, il s’agit d’un syndrome douloureux  par anomalie du  traitement de la douleur selon RM Bennett (14).

La majorité des auteurs dont F Wolfe (15), un de ses concepteurs, s’accordent à penser qu’il faut réviser ces critères de classification davantage que de définition, dont le but initial était de permettre des études épidémiologiques  sur ce syndrome mal connu et non « fourre tout ».

Anglo-saxons et Français reconnaissent qu’il faut intégrer les notions de fatigue intense et de sommeil non réparateur , insister sur le caractère diagnostic d’exclusion et ne pas occulter les critères dits mineurs.

FMS : pas seulement un état douloureux

1- La tétrade symptomatique

Plus que la classique triade rhumatologique : douleurs (diffuses et points douloureux), fatigue et troubles du sommeil, la présentation se fait sous forme de tétrade symptomatique avec troubles psychologiques patents associés  à la triade.

2- La présentation selon le médecin sollicité

Selon une récente enquête auprès de rhumatologues, généralistes, gynécologues et psychiatres pour le compte de l’observatoire du mouvement,  (Tableau 1)  il apparaît que les troubles du sommeil sont rarement exprimés et recherchés hormis par les rhumatologues et que la perception des patients varie assez peu : la réalité douleur-fatigue est unanimement reconnue mais sans distinction nette avec les troubles psychologiques omniprésents, cependant rarement psychiatriques. 

3- Le cortège des autres symptômes

Une impressionnante liste de symptômes variés de la sphère fonctionnelle accompagne la tétrade symptomatique : de  l’intestin irritable, à la vessie irritable aux céphalées de tension, l’intolérance au froid, à l’effort, au stress, le syndrome algo dysfonctionnel de l’articulation temporomandibulaire (SADAM), le syndrome des jambes sans repos (SJSR)…

Nul ne sait s’il faut  confondre ces plaintes avec le FMS  ou s’il s‘agit de co-morbidités sur un terrain prédisposant génétique ou environnemental voire psychiatrique.

FMS : regroupements syndromiques

1- Le Spectre des Désordres Affectifs

Dès 1994  Jr HG Pope (16) intègre le FMS  dans une sphère de troubles affectifs, cette théorie réactualisée en 2004  par JI  Hudson (17) reconnaît comme tronc commun  à ces pathologies psychiatriques et somatofonctionnelles  trois assertions :

a- réponse favorable à trois classes différentes d’antidépresseurs : ADTC, IRS, IMAO
b- un patient peut présenter plusieurs pathologies du  même spectre
c- plusieurs pathologies du spectre des désordres affectifs peuvent être présentes dans une même famille (co-agrégation)

Ce spectre des désordres affectifs (ADS) regroupe dix pathologies psychiatriques    Tableau 2

 Hyperactivité avec déficit attentionnel
 Boulimie
 Troubles dysthymiques
 Anxiété généralisée
 Dépression majeure
 TOC
 Trouble Panique
 État de stress post-traumatique: ESPT
 Troubles dysphoriques prémenstruels
 Phobie sociale
 et  quatre pathologies somatofonctionnelles.
 FMS
 Irritable Bowel Syndrome
 Migraine
 La Cataplexie.

Elle se caractérise par la baisse brutale du tonus de posture et l’inhibition complète de la motilité volontaire responsable de chutes brusques, en l'absence de tout trouble de la conscience. Elle survient en plein éveil et dure de quelques secondes à quelques minutes; elle peut être déclenchée par un facteur émotionnel, notamment le rire, et alterne parfois avec des accès narcoleptiques (hypersomnie avec brusques accès de sommeil).

2- Les Syndromes Centraux de Sensibilité

Plus récemment en 2007, MB Yunus (18)  propose de rassembler sous l’appellation syndromes centraux de sensibilité (Central Sensitivity Syndrome: CSS) un groupe de  cinq pathologies psychosomatiques  dont le point commun est une hypersensibilité d’origine centrale aux stimuli douloureux et non douloureux.

Il s’agit du Syndrome de Fibromyalgie (FMS)  du  Syndrome de fatigue chronique (SFC) du colon irritable (Irritable Bowel Syndrome : IBS), du syndrome de la vessie irritable (Irritable Bladder Syndrome : IblS) et des céphalées de tension (Headaches).

3- Le Syndrome Somatoforme Fonctionnel (SSF) du DMS-IV

Selon la classification américaine des troubles mentaux DSM-IV, le  Syndrome Somatoforme (SSF)  regroupe diverses pathologies de somatisation dont la fibromyalgie pourrait faire partie.

La somatisation est définie comme l’expression somatique (corporelle) d’une détresse psychosociale donnant lieu à une recherche accrue de demande de soins.
Il s’agit donc de la transformation d'un conflit psychique en affection somatique, donc corporelle.
 
Selon JP Boulenger (19), la plupart des gens qui en souffrent sont en quête  d’une explication organique pour leurs troubles, ce qui les libèrerait de cette suspicion de maladie imaginaire  de complaisance. 
        
D’après P Cathebras (20), les médecins  par crainte de laisser passer une maladie organique les « poussent » sur la pente  potentiellement iatrogène et contribuent  à renforcer les symptômes  et la détresse.    
                        
Ceci semble corroboré par l’enquête épidémiologique du Dr MC Jasson (21) : « A partir du diagnostic  formulé de FMS, 54% se disent aggravés de leurs symptômes, 27 % resteraient identiques dans leurs plaintes, 40 %  se plaindraient de nouveaux symptômes ! » (Phénomène de transfert ? rôle des Web forums? des groupes de paroles des associations ?)   
     

FMS : liens avec l’état de stress post-traumatique

1-  Syndrome de Stress Post-Traumatique

a- Définition SSPT: Selon la classification DSM-IV, il s’agit d’un ensemble de symptômes caractéristiques faisant suite à l’exposition à un facteur de stress traumatique extrême.

b- Les symptômes : Cauchemars et flash backs éveillés, état d’hypervigilance quasi permanent diurne et nocturne, émoussement de la réactivité, sursauts exagérés, baisse de la concentration et des capacités cognitives, évitement du souvenir traumatisant…

2- Liens entre FMS et SSPT

Des liens indéniables entre SSPT et  FMS ont été établis par de nombreux auteurs
En commun, on recense :   
 Sensibilité accrue  à la douleur
 Réduction des activités physiques
 Troubles du sommeil
 Symptômes anxieux et dépressifs
 Troubles cognitifs, de la concentration
 Hyper vigilance diurne (bruit, nociception) et nocturne
 Efficacité des ADTC, IRS
 Prévalence féminine  (Sex ratio 2/1 vs 9/10)
 Épuisement des capacités adaptatives à d’autres stresseurs. Raphael GK(22)
 Réponse physiologique au stress émoussée: Le FMS et le SSPT sont caractérisés au niveau neurobiologique par une hyperactivité des systèmes sympathique et HHS, avec une hypersécrétion de CRF (corticolibérine) qui perdure et une hypocortisolémie.
      Yehuda R (23)(24), Crofford LJ (25)(26), Adler GK (27).

Statistiquement, selon les auteurs, on peut retenir :
*Greenfield S (28), Turk DC (29): 24 à  47 % des patients  attribuent le  FMS  à un accident de la voie publique (AVP)
*Bennett RM (30): le FMS  peut apparaître jusqu’à 18 mois  après le traumatisme
*Buskila D (31), Al-Allaf AW  (32) précisent qu’il s’agit le plus souvent de traumatismes rachidiens surtout cervicaux mais aussi lombaires
*Amir M (33): 21 % de patients présentant un ESPT ont  un FMS
*Sherman JJ (34): 56 % des patients FMS ont un ESPT
*Cohen H (35): 57 % des patients FMS ont un ESPT versus 8 % Témoins

FMS : un état de stress primordial ?

1- Le stress omniprésent comme facteur déclenchant et aggravant du FMS

Dans une enquête épidémiologique nationale 2001-2005 publiée en 2007, MC Jasson  souligne le poids du  stress comme facteur déclenchant de l’émergence du FMS  ainsi que son rôle en tant que facteur aggravant.

 Part du stress : circonstances d’apparition FMS
* 46% stress émotionnel
* 23% stress physique
* 22% des patientes ne savent pas clairement nommer l’origine: vaccin, Virus ?

 Facteurs aggravants:
* 77% stress, 66% soucis, 58% angoisse, 55% bruit agitation

2- Les signes prémonitoires  du FMS

D’après le même auteur MC Jasson, un certain nombre de symptômes d’irritabilité ou d’intolérances diverses précèdent de quelques années l’apparition d’un FMS  
        
Pour les auteurs israëliens et américains  H Cohen (36), D Buskila (37), PK Stein, RH Gracely, DJ Clauw (38)  intéressés par le syndrome de la guerre du  golfe (GWS) dont 20 % des vétérans présentent un FMS, il serait possible de détecter par des défauts de capacités adaptatives aux stress des patients « préfibromyalgiques ».

Du fait d’un épuisement de l’axe neuroendocrinien du stress (axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien : HHS) sous les sollicitations récurrentes et intenses, le sujet ne pourrait plus secréter de manière adaptée  l’adrénaline ce qui se traduirait par des réponses  rythmiques cardiaques et tensionnelles insuffisantes en  situation de stress provoqué.
 
3- L’injustice d’enfance cause du FMS

Pour P Giniès (39), docteur en philosophie et anesthésiste, le secret du FMS résiderait dans l’émergence à l’âge adulte  d’un état douloureux à l’occasion d’une injustice socioprofessionnelle ou familiale construit activement sur un sentiment de profonde injustice pendant l’enfance.

4- Les babies girls  FMS

Pour D Hellhammer professeur en psychobiologie (40), une grossesse hautement stressante serait un facteur potentiellement prédictif de FMS.

Un fort stress  fœto-maternel prénatal  serait en mesure d’altérer anatomiquement et fonctionnellement l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien lors de sa programmation in utéro ce qui perturberait les capacités adaptatives au stress  du « futur candidat à la  Fibromyalgie ».

5- Le rôle facilitant de la corticothérapie pendant la grossesse

Une imprégnation excessive de cortisone thérapeutique ou sous l’influence d’un stress chronique (corticosurrénale) serait susceptible de fragiliser l’individu  à naître et potentiellement faciliter la survenue d’un FMS, davantage encore  à la seconde génération ! selon SG Matthews (41) Nda : Etudes sur cobaye. 

   
FMS : le syndrome d’épuisement et de  vulnérabilité au stress (EVSS)   
     Syndrome of Exhaustion and Vulnerability to the Stress 

1- Séquence étiopathogénique : le double secret du FMS

A la lumière des données précédentes et après vérification systématique lors de consultations de patients fibromyalgiques, il apparaît que ce syndrome correspondrait à l’expression somatique de l’épuisement de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS) générateur d’un syndrome d’hypo sommeil sur un terrain prédisposant de vulnérabilité au stress prénatal ou périnatal.

Cet épuisement se ferait en trois temps :  

1- altération primaire de l’axe HHS  in utéro et/ou dans l’enfance par un stress majeur (Divorce, décès, enfant non désiré ou perçu comme tel, violences conjugales, abus sexuels…)

2- période d’épuisement progressif du Système Nerveux Autonome (SNA) par le stress sociétal, professionnel ou familial

3- décompensation du FMS Adulte à l’occasion d’une  altération secondaire majeure physique et/ou psychique de l’axe du stress.
(Décès, divorces, licenciement, précarisation sociale…)

Ainsi le FMS aurait pour cause directe le stress (1er secret)  alors qu’à ce jour le stress n’était considéré en médecine qu’en tant que facteur révélateur  ou aggravant  de multiples pathologies y compris le FMS.

Le 2ème secret de ce FMS  est que ce syndrome émergerait parce que le secret de famille n’en est pas un pour le futur patient fibromyalgique qui a connaissance  complète de l’évènement primaire stressant  partagé (EPSP) entre la mère et sa fille  tout au long de l’enfance et l’adolescence.

La patiente  ne parvenant pas  à  trouver de solution à ce stress chronique  épuiserait son axe HHS tout au long de la vie stressante de nos sociétés modernes et  à l’occasion d’un 2ème stress majeur rappelant le premier (mari/père, décès, divorce, injustice, violence physique psychique ou sexuelle) décompenserait sous forme d’un FMS stade ultime d’un syndrome d’épuisement et vulnérabilité au stress (EVSS).

En quelque sorte, on naîtrait « préfibromyalgique » et dans une société stressante  l’épuisement de l’axe du stress, altéré pendant la programmation cérébrale in utéro de l’axe HHS,  faciliterait l’apparition d’un FMS à l’occasion d’autres stresseurs majeurs.

Le FMS serait le  stade clinique ultime d’une forme de « burn out » de stress et de syndrome d’hypo-sommeil.

Ainsi l’unicité  et la fixité du tableau clinique en tant que tronc commun clinique d’une rupture de tolérance au stress et de sommeil fractionné prennent tous leurs sens.

Avec H Moldofsky (42)(43), M Rizzi (44) et JG Mac Farlane (45), nous pensons que les douleurs diffuses et l’état de fatigue sont les conséquences  d’un syndrome d’hypo sommeil.

Le sommeil est typiquement le reflet d’une nuit  de « stressé sur le  qui-vive » avec des intrusions d’ondes d’éveils alpha dans le sommeil lent profond delta réparateur.
Les anomalies alpha du sommeil du FMS  témoignent d’un état d’hyper vigilance nocturne sources de troubles d’éveils diurnes rassemblés sous le vocable anglo-saxon  de « fibrofog ».

De même, le cortège de signes dits mineurs « d’irritabilité de tout  » n’est que l’expression viscérale et psychologique d’un état de stress chronique pathologique non géré.

Au terme de cette présentation étiopathogénique, les trois bonnes questions à poser (dans l’ordre) avec acuité  à tout patient fibromyalgique Homme Femme Adolescent voire Enfant (46)(47)(48)(49) une fois le diagnostique établi (Figure 2) sont:        

 Quel stress majeur avez-vous vécu  à l’émergence des symptômes de la Fibromyalgie ?
 Quelle(s) injustice(s) avez-vous subi pendant votre enfance?
 Quel stress majeur a subi votre maman pendant sa grossesse ?

2- Des incertitudes persistent

a- Pourquoi les femmes sont elles plus sujettes que les hommes au FMS ?

 Rôle possible ou probable :
-des hormones sexuelles,
-du polymorphisme génétique  des  neurotransmetteurs sérotoninergiques, dopaminergiques et noradrénergiques,
-du nombre de  récepteurs nociceptifs,
-des neurostéroides,
-des récepteurs béta noradrénergiques du système limbique impliqués dans l’attention accordée  à un agent stresseur et la mémorisation des évènements stressants ? (50)
-des cytokines intracérébrales (51)…

b- Pourquoi dans des conditions analogues, un individu va évoluer vers le FMS  et pas un autre ?

Rôle du tempérament, de l’hyperactivité, de la personnalité empathique (52)(53) ou narcissique ?

On a établi que deux variables de la personnalité, l’estime de soi et le locus de contrôle, influent de manière systématique sur la perception du stress. Des études récentes de neuro-imagerie humaine apportent une contribution au domaine en permettant des investigations structurelles et fonctionnelles du cerveau humain vivant et de ses interactions avec la régulation de la réponse au stress.

Il ressort de ces études que l’hippocampe serait systématiquement lié tant aux différences individuelles dans la capacité de réponse au stress qu’à la réponse au stress elle-même

3- Proposition de marqueurs biocliniques et somnographiques

De plus amples études seront utiles pour confirmer les données de la littérature médicale qui attestent d’un déficit de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS) avec hypocortisolurie  et  de la baisse des capacités adaptatives au stress  (NorAdrénaline) en situation provoquée sous surveillance médicale.

Nous proposons comme éléments objectifs du syndrome d’épuisement de l’axe du stress :

a-Marqueurs biologiques:
* corticosurrénales:   hypocortisolisme sérique et urinaire.
* médullosurrénales: déficience en adrénaline et NorAdrénaline

b-Marqueurs cliniques:
* HRV : heart rate variability: insuffisance de variation du rythme cardiaque chez le patient FMS lors de tests d’intolérance au stress (mécano, baro et thermostress)

c-Marqueurs Somnographiques :
* Les activités alpha delta et K-delta sont  responsables  d’une déstructuration macro et micro architecturale du sommeil (respectant  la latence d’endormissement)  et  traduisent un état d’hyper vigilance nocturne par altération du stade 4 SLP (54).

4- Une prise en charge thérapeutique en 6 axes

Une prise en charge thérapeutique  non pharmacologique (4 axes) et pharmacologique (2 axes) est souhaitable :
 
 L’art de la Maïeutique :

      Il s’agit bien  de la version socratique de l’art d’accoucher le Secret de Famille Partagé.
      « Ce que l’on ne sait pas, que l’on sait »
      Le terme de maïeutique, laïcisé, englobe généralement les Techniques de
      Questionnement visant à permettre à une personne une mise en mots de ce qu'elle a  
      du mal à exprimer, ressentir, ou ce dont elle a du mal à prendre conscience
      En réalité, le patient très rapidement se dévoile et raconte « son » histoire et sa    
      Souffrance.
      C’est le premier acte thérapeutique
car comme le souligne très justement le  
      Dr  P Giniès, le FMS est un état de douleur activement construit.

 Projet de changement de vie :

Là encore le patient a souvent déjà « sa » solution mais il n’a pu l’appliquer, ce qui le pérennise dans sa souffrance.
Bien évidemment le médecin ne peut faire de choix pour son patient mais peut l’aider  à s’investir dans un projet positif  latent.

 Soutien Psychologique :

Dans les formes chroniques anciennes, les plus fréquentes, une prise en charge par thérapies cognitives comportementales (TCC), sophrologie relaxation, entretiens psychologiques, techniques de «coping» («to cope with» : faire face) …apparaît indispensable du moins hautement souhaitable afin de remplir les deux objectifs précédents.

 Reconditionnement physique :

Un réentrainement physique ou « coaching » est toujours utile pour des patientes largement déconditionnées physiquement.

 Restaurer l’axe HHS :

Loin de masquer seulement les symptômes du stress, il faut renforcer l’axe HHS et ne pas hésiter  à utiliser des normalisateurs ou régulateurs doux de l’humeur : Magnésium, Sélénium, Lithium  en oligoéléments, Dopaminergiques.

 Restaurer un sommeil de qualité :

Il est capital de retrouver un sommeil réparateur, régénérant  et non fragmenté en ce sens les  Sérotoninergiques (antidépresseurs tricycliques ADTC, inhibiteurs de la recapture de la sérotonine IRS, AD mixtes sérotoninergiques et noradrénergiques) sont de précieux  auxiliaires thérapeutiques.

5- Structurer la consultation d’un patient fibromyalgique

La consultation peut être structurée simplement avec :

-Les «  Trois bonnes  questions »  à poser et dans l’ordre qui permet «une accroche» rapide.

-Un examen clinique général  et  à la recherche des points de Yunus

-Un bilan biologique d’élimination diagnostique, voire radiologique selon les données de l’anamnèse et de l’examen.

-La recherche de marqueurs biologiques simples d’épuisement de l’axe du stress peut être utile (cortisolurie) (cortisolémie basale) voire des tests de stimulation de l’axe cortisonique (Test à la corticolibérine ou CRF)

La prise en charge pharmacologique et non pharmacologique en 6 axes est facile à mettre en pratique.

Un suivi est indispensable aidé de scores de qualité de vie (FIQ ou version francophone: QIF, annexe 1) (55)(56) et de sommeil (ISI, annexe 2) dans l’attente d’un index  composite répondant pleinement aux  recommandations de l’Omeract.

Conclusion

Le FMS  ne serait donc que l’expression  finale commune d’un syndrome d’épuisement et de vulnérabilité au stress (EVSS) avec syndrome d’hypo-sommeil.

Ce nouveau regard sur le syndrome de Fibromyalgie permet de proposer une prise en charge simple et structurée applicable en médecine de ville.

La recherche aurait bénéfice  à  s’orienter vers  des techniques de gestion du stress ou des médications normalisatrices de l’axe HHS (p ex : bétabloquant sélectif encéphalique) applicables dès les premiers symptômes prémonitoires  du FMS.

Ainsi,  il serait possible de réconcilier l’aspect physique et psychologique du FMS  et par là même  médecins et patients qui sont fait « de chair et d’âme ou de corps et d’esprit » comme le souligne Boris Cyrulnik (57) dans son dernier ouvrage sur la plasticité neuronale.

Dr JF  MARC
Rhumatologue
01-09-2007

Bibliographie et annexes

 1-Wolfe F, Smythe HA, Yuns MB, et al. The American College of Rheumatology (1990), Report of the Multicenter Criteria Committee. ‘Criteria for the Classification of Fibromyalgia.’ Arthritis Rheum 1990; 33, 160–172
 2- Source OMS (WHO): Update Reference Committee , Cumulative Official Updates To ICD-10 , 01-24-2007     http://www.who.int/classifications/committees/cumulativeUpdates.pdf
 3-Gowers WR ‘Lumbago: its lessons and analogues ‘ BMJ 1904; 1, 117
 4-Marc JF. ‘La saga fibromyalgie: 102 ans de médecine…et après ?’
                            On line : www.cimpppa.com
 5-Marc JF.’Le sommeil des patientes fibromyalgiques.’                              
                           On line : www.cimpppa.com
 6- Becq JM, Bersani MP, Duboureau J, Lestrade C, Schmitt L, Mansat Ch. ’Le Questionnaire de la Fibromyalgie. Les points de vue des médecins généralistes, gynécologues, rhumatologues et psychiatres. La comparaison des pratiques par champs professionnels. La Lettre de L’Observatoire du Mouvement.2007; 23, 3-14.
       www.observatoire-du-mouvement.com
 7-Marc JF. ‘Apports de l’IRM fonctionnelle  à  la compréhension du syndrome de fibromyalgie.’ Revue Hygie  2006; 32, 26-27
 8- Mountz JM, Bradley LA, Modell JG, Alexander RW, Triana-Alexander M, Aaron LA et al. ‘Fibromyalgia in women. Abnormalities of regional cerebral blood flow in the thalamus and the caudate nucleus are associated with low pain threshold levels.’ Arthritis Rheum 1995; 38(7), 926-938.
 9- Gracely RH, Petzke F, Wolf JM, Clauw DJ.’ Functional magnetic resonance imaging evidence of augmented pain processing in fibromyalgia.’
      Arthritis Rheum 2002; 46(5), 1333-1343.
 10- Gracely RH, Geisser ME, Giesecke T, Grant MA, Petzke F, Williams DA et al. ‘Pain catastrophizing and neural responses to pain among persons with fibromyalgia.’ Brain 2004; 127(4), 835-843.
 11- Cook D et coll. ‘Functional Imaging of Pain in patients with primary Fibromyalgia.’J.Rheumatol 2004; 31(2), 364-78
 12- Casey KL, Minoshima S, Berger KL, Koeppe RA, Morrow TJ, Frey KA. ‘Positron emission tomographic analysis of cerebral structures activated specifically by repetitive noxious heat stimuli.’ Journal of Neurophysiology 1994; 71(2), 802-807.
 13- Davis KD, Kwan CL, Crawley AP, Mikulis DJ. ‘Functional MRI study of thalamic and cortical activations evoked by cutaneous heat, cold, and tactile stimuli.’Journal of Neurophysiology 1998; 80(3), 1533-1546.
 14-Bennett RM. ‘The Scientific Basis for Understanding Pain in Fibromyalgia.’ Oregon Health Sciences University, Portland, Oregon, USA.
On line Fibromyalgia Information Foundation
             http://www.myalgia.com/Scientific%20basis.htm
 15-Wolfe F. ‘Stop using the American College of Rheumatology Criteria in the clinic.’ J. Rheumatol. 2003; 30:8, 1671-72
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            6th International Congress of Neuroendocrinology (ICN 2006) Pittsburgh June 19-22.
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 56-Perrot S, Dumond, Guillemin F et al. ‘Quality of life in women with fibromyalgia syndrome: validation of the QIF, the french version of the Fibromyalgia Impact Questionnaire.’ J Rheumatol 2003; 30(5), 1054-1059
 57- Cyrulnik B. ‘ De chair et d’âme.’ Livre 2006, Ed Odile Jacob.

FIGURE 1

fibromyalgie-oms

 

FIGURE 2

fibromyalgie 3 bonnes questions

 

TABLEAU 1

fibromyalgie tetrade
D : Douleurs diffuses       F : Fatigue  
S : Troubles du sommeil  P : Troubles psychologiques
Becq JM, Bersani MP, Duboureau J, Lestrade C, Schmitt L, Mansat Ch.
’Le Questionnaire de la Fibromyalgie. Les points de vue des médecins généralistes, gynécologues, rhumatologues et psychiatres. La comparaison des pratiques par champs professionnels.
La Lettre de L’Observatoire du Mouvement.2007; 23, 3-14.

TABLEAU 2

Le spectre des désordres affectifs regroupe dix pathologies psychiatriques

n      Hyperactivité avec déficit attentionnel

n      Boulimie

n      Troubles dysthymiques

n      Anxiété généralisée

n      Dépression majeure

n      TOC

n      Trouble Panique

n      Syndrome de stress post-traumatique

n      Troubles dysphoriques prémenstruels

n      Phobie sociale

 et  quatre pathologies somatofonctionnelles.

n      Syndrome de Fibromyalgie 

n      Irritable Bowel Syndrome       

n      Migraine

n      La Cataplexie.



Annexe 1

       QIF - Test de mesure de la qualité de vie avec la Fibromyalgie

(Quality of Life In Women with Fibromyalgia)

Perrot S, Dumond, Guillemin F et al. ‘Quality of life in women with fibromyalgia syndrome: validation of the QIF, the french version of the Fibromyalgia Impact Questionnaire.’ J Rheumatol 2003; 30(5), 1054-1059

 1. Durant la semaine dernière, pouviez vous   
                                           (0:oui    1:avec quelques difficultés   2:avec grande difficulté   3:non)

a. Faire le marché...................................

0      1      2      3

b. Faire la lessive.....................................

0      1      2      3

c. Faire la cuisine.....................................

0      1      2      3

d. Faire la vaisselle..................................

0      1      2      3

e. Passer l'aspirateur..............................

0      1      2      3

f.  Faire les lits..........................................

0      1      2      3

g. Marcher plus de 1 Km.........................

0      1      2      3

h. Visiter des amis...................................

0      1      2      3

i. Faire du jardinage................................

0      1      2      3

j. Conduire une voiture ............................

0      1      2      3

 


2. Sur les 7 derniers jours, combien de jours étiez-vous bien ?                           

3. Combien de jours sur les 7 derniers vous êtes-vous absenté du travail ?       


Pour les questions suivantes, placez le curseur  sur l'échelle suivante de 0 à 10
selon le niveau de difficulté ou de douleur 

4. Quand vous travaillez, combien la douleur vous gêne t-elle dans votre travail ?

pas de problème

 

grande difficulté


5. Quel était votre degré de douleur ? 

 

 pas de douleur

 

très sévère douleur


6. Quel était votre degré de fatigue ?

 

pas de fatigue

 

très fatigué


7. Comment vous sentiez-vous au lever le matin ?

 

bien reposé 

 

très fatigué


8. Quel était votre degré de raideur ?

 

pas de raideur 

très raide


9. Quel était votre degré de tension nerveuse et d'anxiété ? 

 

pas de tension

 

très tendu


10. Quel était votre degré de dépression ? 

 

pas de dépression

 

très déprimé


   
Votre indice QIF :     sur une échelle comprise entre 0 et 100

Un score à 0 n’est guère  compatible avec le diagnostic de Fibromyalgie sinon vous êtes guérie ou en très bonne voie.

Un score aux alentours de 35 ou 40, ne doit pas vous  décevoir si vous  pensez être dans une bonne phase, moins de 40 n’est pas un mauvais score.

Au-delà de 50, il peut s’agir d’une mauvaise semaine, testez vous régulièrement chaque semaine et si votre score ne s’améliore pas ou s’aggrave, consultez votre médecin.

Au-delà de 65, il serait important de contacter votre médecin pour modifier la thérapie.

100 est  un maximum théorique exceptionnellement atteint.

 

Annexe 2


 Index de sévérité de l'insomnie: test ISI

Ce questionnaire se compose de 7 items.
Ces items servent à évaluer quantitativement à quel point vous vous sentez affecté par l'insomnie 

 1°) Estimez la SEVERITE actuelle de vos difficultés de sommeil

Aucun   Léger   Moyen   Très    Extrêmement

       a. difficultés à s'endormir

0      1      2      3      4

       b. Réveils nocturnes fréquents ou prolongés

0      1      2      3      4

       c. Problèmes de réveils trop tôt le matin

0      1      2      3      4

2°) Jusqu'à quel point êtes-vous INSATISFAIT/SATISFAIT de votre sommeil actuel


Très satisfait       modérément       Très insatisfait

0      1      2      3      4

3°) Jusqu'à quel point considérez-vous que vos difficultés de sommeil INTERFERENT avec votre fonctionnement quotidien (par exemple fatigue, concentration, mémoire, humeur...)


Aucun   Léger   Moyen   Très    Extrêmement

0      1      2      3      4


4°) A quel point considérez-vous que vos difficultés de sommeil sont APPARENTES pour les autres en terme de détérioration de la qualité de vie?


Aucun   Léger   Moyen   Très    Extrêmement

0      1      2      3      4


5°) Jusqu'à quel point êtes vous INQUIET(E)/PREOCCUPE(E) à propos de vos difficultés de sommeil ?


Aucun   Léger   Moyen   Très    Extrêmement

0      1      2      3      4


6°) Jusqu'à quel point croyez-vous que les facteurs suivants contribuent à vos difficultés de sommeil ?

Aucun   Léger   Moyen   Très    Extrêmement

       a. Perturbations cognitives (Pensées qui tournent dans la tête pendant la nuit)

0      1      2      3      4

       b. Perturbations somatique (Tensions musculaires, douleur)

0      1      2      3      4

       c. Mauvaises habitudes de sommeil

0      1      2      3      4

       d. Processus naturel de vieillissement

0      1      2      3      4

       e. Stress

0      1      2      3      4


7°) Après une MAUVAISE NUIT DE SOMMEIL, quelles difficultés suivantes éprouvez-vous le lendemain ? Veuillez indiquer à quelle intensité vous éprouvez ces difficultés.

Aucun   Léger   Moyen   Très    Extrêmement

       a. Fatigue pendant le jour (fatigué(e), épuisé(e), exténué(e), endormi(e) etc...)

0      1      2      3      4

       b. Difficultés à fonctionner (diminution de la performance au travail/ routine quotidienne, difficultés à se concentrer, problèmes de mémoire, etc...)

0      1      2      3      4

       c. Problèmes d'humeur (irritable, tendu(e), nerveux, déprimé(e), anxieux(se), maussade, hostile, en colère, confus(e), etc...

0      1      2      3      4

       d. Autres
           spécifiez

0      1      2      3      4