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Fibromyalgie |
Nouveaux regards sur le syndrome de Fibromyalgie
INTRODUCTION FMS : un état douloureux particulier FMS : pas seulement un état douloureux FMS : un élément du ASD, CSS, SSF ? FMS : liens avec l’état de stress post-traumatique (ESPT) FMS : un état de stress primordial ?
Le FMS vient de bénéficier en 2007 d’une nouvelle reconnaissance de la WHO dans la version révisée de la CIM-10 (2).Il n’est plus considéré comme un rhumatisme non spécifique mais porte quatre appellations : Fibrositis - clin d’œil à Sir W Gowers (3) (4)- Fibromyalgia et Fibromyositis ou Myofibrositis. Rhumatisme psychogénique, Affection du spectre des désordres affectifs de Pope et Hudson voire du syndrome de sensibilité centrale de MB Yunus, Rhumatisme des voies de transmission, intégration, modulation de la douleur nociceptive voire neuropathique, l’énigme reste entière. Dans la grande confusion où se trouvent le corps médical concerné (Rhumatologues, généralistes, gynécologues et psychiatres) et les patients, tout s’éclaire si l’on rassemble les pièces du puzzle étiopathogénique: c’est le double secret de la Fibromyalgie que cet article vous propose de révéler.
FMS : un état douloureux particulier Le syndrome de Fibromyalgie (FMS) peut être défini selon les critères de classification de l’Américan College of Rheumatology (ACR) de 1990 comme un état douloureux musculo-squelettique spontané diffus bilatéral évoluant depuis plus de 3 mois associé à la présence de minimum 11 points tendinomusculaires d’examen sur 18 sites répertoriés. 2- La surprenante fixité du tableau clinique Ce qui est tout à fait remarquable, c’est la fixité et l’unicité du tableau clinique du FMS tant chez un même patient que d’un patient par rapport à un autre quelles que soient les contrées d’un pays industrialisé. Au-delà des fluctuations d’intensité des périodes symptomatiques et des variations de la richesse du cortège des symptômes mineurs (« irritable éverything »), la présentation clinique reste similaire, la patiente consultant pour des « douleurs partout », de la fatigue intense et troubles de la sphère psychologique (concentration, attention, humeur…) Les troubles du sommeil par contre sont rarement mis en avant par le malade (5) et diversement appréciés par les médecins (6). L’examen en dehors des points douloureux aux sites répertoriés et des points négatifs reste remarquablement dissocié pauvre en l’absence de pathologie concomitante.
3- Les preuves du syndrome douloureux existent Des preuves d’amplification de la perception des signaux douloureux à point de départ nociceptif existent lors d’épreuves de douleurs provoquées avec seuil douloureux abaissé lors d’enregistrements électrophysiologiques. Le PET-Scan , la TEP et l’IRM fonctionnelle cérébrale (7) (8) (9) (10) (11) (12) (13) objectivent des anomalies de gestion des douleurs nociceptives et neuropathiques tant aux modes de la transmission (phénomène de sensibilisation , système spinoréticulothalamique), d’intégration (gestion centrale par la matrice neuronale cérébrale ) que de leur modulation (substance grise périaqueducale, voies inhibitrices descendantes hypothalamomédullaires).
4- La cause du FMS est connue si l’on s’en tient à la stricte définition ACR 1990 Si l’on s’en tient à la stricte définition ACR 90 du FMS qui ne tient compte que de l’aspect douleur, la cause de la fibromyalgie est maintenant connue, il s’agit d’un syndrome douloureux par anomalie du traitement de la douleur selon RM Bennett (14). La majorité des auteurs dont F Wolfe (15) (un de ses concepteurs) s’accordent à penser qu’il faut réviser ces critères de classification davantage que de définition, dont le but initial était de permettre des études épidémiologiques sur ce syndrome mal connu et non « fourre tout ». Anglo-saxons et Français reconnaissent qu’il faut intégrer les notions de fatigue intense et de sommeil non réparateur , insister sur le caractère diagnostic d’exclusion et ne pas occulter les critères dits mineurs « d’irritabilité de tout ».
FMS : pas seulement un état douloureux Plus que la classique triade rhumatologique : douleurs (diffuses et points douloureux), fatigue et troubles du sommeil, la présentation se fait sous forme de tétrade symptomatique avec troubles psychologiques patents associés à la triade.
2- La présentation selon le médecin sollicité Selon une récente enquête auprès de rhumatologues, généralistes, gynécologues et psychiatres pour le compte de l’observatoire du mouvement, (cf tableau) il apparaît que les troubles du sommeil sont rarement exprimés et recherchés hormis par les rhumatologues et que la perception des patients varie assez peu : la réalité douleur-fatigue est unanimement reconnue mais sans distinction nette avec les troubles psychologiques omniprésents cependant rarement psychiatriques.
3- Le cortège des autres symptômes Une impressionnante liste de symptômes variés de la sphère fonctionnelle accompagne la tétrade symptomatique de l’intestin irritable (IBS) à la vessie irritable aux céphalées de tension, intolérance au froid à l’effort, au stress, sadam, sjsr … Nul ne sait s’il faut confondre ces plaintes avec le FMS ou s’il s‘agit de co-morbidités sur un terrain prédisposant génétique ou environnemental voire psychiatrique.
FMS : un élément du ASD, CSS, SSF ? Dès 1994 Jr HG Pope (16) intègre le FMS dans une sphère de troubles affectifs, cette théorie réactualisée en 2004 par JI Hudson (17) reconnaît comme tronc commun à ces pathologies psychiatriques et somatofonctionnelles trois assertions :
1- réponse favorable à trois classes différentes d’antidépresseurs : ADTC, IRS, IMAO
Ce spectre des désordres affectifs regroupe dix pathologies psychiatriques
2- Les Syndromes Centraux de Sensibilité Dr MB Yunus Plus récemment en 2007, MB Yunus (18) propose de rassembler sous l’appellation syndromes centraux de sensibilité (Central Sensitivity Syndrome: CSS) un groupe de cinq pathologies psychosomatiques dont le point commun est une hypersensibilité d’origine centrale aux stimuli douloureux et non douloureux. Il s’agit du FMS du SFC (syndrome de fatigue chronique) du colon irritable (Irritable Bowel Syndrome : IBS), du syndrome de la vessie irritable (Irritable Bladder Syndrome) et des céphalées de tension (Headaches).
3- Le Syndrome Somatoforme Fonctionnel (SSF) du DMS-IV Selon la classification américaine des troubles mentaux DSM-IV, le Syndrome Somatoforme (SSF) regroupe diverses pathologies de somatisation dont la fibromyalgie pourrait faire partie. La somatisation est définie comme l’expression somatique (corporelle) d’une détresse psychosociale donnant lieu à une recherche accrue de demande de soins.
1- Syndrome de Stress Post-Traumatique a- Définition SSPT: Selon la classification DSM-IV, il s’agit d’un ensemble de symptômes caractéristiques faisant suite à l’exposition à un facteur de stress traumatique extrême.
2- Liens entre FMS et SSPT Des liens indéniables entre SSPT et FMS ont été établis par de nombreux auteurs
Statistiquement, selon les auteurs, on peut retenir :
*Greenfield S 1992 (28), Turk DC 1996 (29): 24 à 47 % des patients attribuent le FMS à un accident de la voie publique (AVP)
1- Le stress omniprésent comme facteur déclenchant et aggravant du FMS Dans une enquête épidémiologique nationale 2001-2005 publiée en 2007, MC Jasson souligne le poids du stress comme facteur déclenchant de l’émergence du FMS ainsi que son rôle en tant que facteur aggravant.
2- Les signes prémonitoires du FMS 1- d’après le même auteur MC Jasson, un certain nombre de symptômes d’irritabilité ou d’intolérances diverses précèdent de quelques années l’apparition d’un FMS
3- L’injustice d’enfance cause du FMS Dr P Giniès Pour cet auteur (39), docteur en philosophie et anesthésiste, le secret du FMS résiderait dans l’émergence à l’âge adulte d’un état douloureux à l’occasion d’une injustice socioprofessionnelle ou familiale construit activement sur un sentiment de profonde injustice pendant l’enfance.
4- Les babies girls FMS Dr D Helhammer Pour D Hellhammer professeur en psychobiologie (40), une grossesse hautement stressante serait un facteur potentiellement prédictif de FMS. Un fort stress fœto-maternel prénatal serait en mesure d’altérer anatomiquement et fonctionnellement l’axe hypothalamo-hypophyso-médullosurrénalien ce qui perturberait les capacités adaptatives futures du futur fibromyalgique.
5- Le rôle facilitant de la corticothérapie pendant la grossesse SG Matthews Une imprégnation excessive de cortisone thérapeutique ou sous l’influence d’un stress chronique (corticosurrénale) serait susceptible de fragiliser le futur individu à naître et potentiellement faciliter la survenue d’un FMS, davantage encore à la seconde génération !selon SG Matthews (41)
A la lumière des données précédentes et après vérification systématique lors de consultations de patients fibromyalgiques, il apparaît que ce syndrome correspond à l’expression somatique de l’épuisement de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS) générateur d’un syndrome d’hypo sommeil sur un terrain prédisposant de vulnérabilité au stress prénatal ou périnatal.
Cet épuisement se fait en trois temps :
1- altération primaire de l’axe HHS in utéro et/ou enfance par un stress majeur (divorce, décès, enfant non désiré ou perçu comme tel, violences conjugales…)
Ainsi le FMS a pour cause directe le stress (1er secret) alors qu’à ce jour le stress n’était considéré en médecine qu’en tant que facteur révélateur ou aggravant de multiples pathologies y compris le FMS.
Le 2ème secret de ce FMS est que ce syndrome émerge parce que le secret de famille n’en est pas un pour le futur patient fibromyalgique qui a connaissance complète de l’évènement primaire stressant partagé entre la mère et sa fille tout au long de l’enfance et l’adolescence.
La patiente ne parvient pas à trouver de solution à ce stress chronique épuise son axe HHS tout au long de la vie stressante de nos sociétés modernes et à l’occasion d’un 2ème stress majeur rappelant le premier (mari/père, décès, divorce, injustice, violence physique psychique ou sexuelle) décompense sous forme d’un FMS stade ultime d’un syndrome d’épuisement et vulnérabilité au stress (EVSS).
En quelque sorte, on naîtrait pré fibromyalgique et dans une société stressante l’épuisement de l’axe du stress altéré pendant la programmation in utéro faciliterait l’apparition d’un FMS à l’occasion d’autres stresseurs majeurs. Le FMS est une forme de « burn out » de stress.
Avec H Moldofsky (42)(43, M Rizzi (44) et JG Mac Farlane (45), nous pensons que les douleurs diffuses et l’état de fatigue sont les conséquences d’un syndrome d’hypo sommeil.
De même, le cortège de signes dits mineurs « d’irritabilité de tout » n’est que l’expression viscérale et psychologique d’un état de stress chronique pathologique non géré.
Au terme de cette présentation étiopathogénique, les trois bonnes questions à poser (dans l’ordre) avec acuité à tout patient fibromyalgique Homme Femme Enfant (46)(47)(48)(49) lors de la primo-consultation sont:
Quel stress majeur avez-vous vécu à l’émergence des symptômes de la Fibromyalgie ?
2- Des incertitudes persistent
a- Pourquoi les femmes sont elles plus sujettes que les hommes au FMS ?
Rôle possible ou probable :
b- Pourquoi dans des conditions analogues, un individu va évoluer vers le FMS et pas un autre ? Rôle du tempérament, de l’hyperactivité, de la personnalité empathique (51)(52) ou narcissique ? Il ressort de ces études que l’hippocampe serait systématiquement lié tant aux différences individuelles dans la capacité de réponse au stress qu’à la réponse au stress elle-même.
3- Proposition de marqueurs biocliniques et somnographiques De plus amples études seront utiles pour confirmer les données de la littérature médicale qui attestent d’un déficit de l’axe HHS avec hypocortisolurie et de la baisse des capacités adaptatives au stress (NorAdrénaline) en situation provoquée sous surveillance médicale.
Nous proposons comme éléments objectifs du syndrome d’épuisement de l’axe du stress :
a-Marqueurs biologiques:
c-Polysomnographie :
4- Une prise en charge thérapeutique en 6 axes Une prise en charge thérapeutique pharmacologique (2 axes) et non pharmacologiques (4 axes) est souhaitable :
Restaurer un sommeil de qualité :
5- Structurer la consultation d’un patient fibromyalgique
La consultation peut être structurée simplement avec :
-Les « Trois bonnes questions » à poser dans l’ordre.
La prise en charge pharmacologique et non pharmacologique en 6 axes est facile à mettre en pratique.
Un suivi est indispensable aidé de scores de qualité de vie (FIQ ou version francophone: QIF) (54)(55) et de sommeil (ISI) dans l’attente d’un index composite répondant pleinement aux recommandations de l’Omeract.
Conclusion Le FMS n’est que l’expression finale commune d’un syndrome d’épuisement et de vulnérabilité au stress (EVSS) avec syndrome d’hyposommeil.
Ce nouveau regard sur le syndrome de fibromyalgie permet de proposer une prise en charge simple et structurée applicable en médecine de ville.
La recherche aura bénéfice à s’orienter vers des techniques de gestion du stress ou des médications normalisatrices de l’axe HHS (p ex : bétabloquant sélectif encéphalique).
Ainsi, il est possible de réconcilier l’aspect physique et psychologique du FMS et par là même médecins et patients qui sont fait « de chair et d’âme ou de corps et d’esprit » comme le souligne Boris Cyrulnik (56) dans son dernier ouvrage sur la plasticité neuronale.
Dr JF MARC
1-Wolfe F, Smythe HA, Yuns MB, et al. The American College of Rheumatology (1990), Report of the Multicenter Criteria Committee. ‘Criteria for the Classification of Fibromyalgia.’ Arthritis and Rheumatism 1990; 33, 160–172 2- Source OMS (WHO): Update Reference Committee , Cumulative Official Updates To ICD-10 , 01-24-2007 http://www.who.int/classifications/committees/cumulativeUpdates.pdf
5-Marc JF.’Le sommeil des patientes fibromyalgiques.’
7-Marc JF. ‘Apports de l’IRM fonctionnelle à la compréhension du syndrome de fibromyalgie.’ Revue Hygie AFFM 2006; 32, 26-27 8- Mountz JM, Bradley LA, Modell JG, Alexander RW, Triana-Alexander M, Aaron LA et al. ‘Fibromyalgia in women. Abnormalities of regional cerebral blood flow in the thalamus and the caudate nucleus are associated with low pain threshold levels.’ Arthritis & Rheumatism 1995; 38(7), 926-938.
13- Davis KD, Kwan CL, Crawley AP, Mikulis DJ. ‘Functional MRI study of thalamic and cortical activations evoked by cutaneous heat, cold, and tactile stimuli.’Journal of Neurophysiology 1998; 80(3), 1533-1546.
17-Hudson JI, Lesley MA, and al. ‘Family study of fibromyalgia and affective spectrum disorder.’ Biol Psychiatry 2004; 56, 884-91
22-Raphael KG, Janal MN, Nayak S. ‘Comorbidity of fibromyalgia and posttraumatic stress disorder symptoms in a community sample of women. ‘ Pain Med 2004; 5, 33-41 23-Yehuda R, Southwick SM and al.’ Low urinary cortisol excretion in patients with posttraumatic stress disorder.’ J Nerv Ment Dis 1990; 178, 366-69
25-Crofford LJ, Pillemer SR and al. ‘Hypotalamic-pituitary-adrenal axis perturbations in patients with fibromyalgia.’ Arthritis Rheum 1994;37, 1583-92 26-Crofford LJ. ‘The hypotalamic-pituitary-adrenal stress axis in fibromyalgia and chronic fatigue syndrome.’ J. Rheumatol 1998; Supl2. 57, 67-71
34-Sherman JJ, Turk DC, Okifuji A. ‘Prevalence and impact of postraumatic stress disorder-like symptoms on patients with fibromyalgia syndrome.’ Clin J Pain 2000; 16, 127-34
47-Kone-Paut I. ‘Fibromyalgie de l’enfant.’ Archives de Pédiatrie 2006 ; 13(6), 548-550 48-Prieur AM. ‘ Fibromyalgie et syndrome de fatigue chronique’ Rhumatologie pédiatrique 1999. 425-426 Ed Flammarion.
50-Maheu FS, Lupien SJ. ‘La mémoire aux prises avec les émotions et le stress : un impact nécessairement dommageable ?’ Médecine Sciences 2003 ; 19 (1), 118-24
53-Dauvillers Y, Touchon J. ‘ Le sommeil du fibromyalgique : revue des données cliniques et polygraphiques.’Neurophysiologie clinique / Clinical Neurophysiology 2001; 31(1), 18-33
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