La fibromyalgie, ou plus précisément le syndrome fibromyalgique, est devenue au fil des ans le sujet de toutes les attentions. Véritable modèle de la douleur et de ses complexités, il n’y a pas de semaines qui ne révèlent, qui des travaux de recherche en cours, qui la parution d’études sur l’effet de tels ou tels traitements. Ainsi, pour compléter l’article reproduit ci-dessus, revenons sur quelques tendances actuelles à propos des mécanismes de la fibromyalgie et de la thérapeutique.
La réponse à la question posée en titre semble de plus en plus précise. Evoquons à ce sujet les différents travaux présentés lors du dernier congrès de la Société Française de l’Etude et Traitement de la Douleur qui s’est déroulé à Nantes mi-novembre dernier. Les hormones sexuelles, mâles et femelles, auraient une action tout à fait spécifique sur les mécanismes de la douleur, les hormones mâles ayant un effet anti-nociceptif à l’inverse des hormones femelles. (1) Cette action des hormones femelles expliquerait cette tendance féminine à la douleur en particulier dans la fibromyalgie. Pour Madeleine et son équipe, ceci a pour conséquence une baisse du seuil de la douleur et une moins bonne tolérance à celle-ci chez les femmes alors que, pour Aloisi, les hommes bénéficieraient d’une inhibition des circuits de la douleur par un effet central des androgènes. (2-3) Quant aux travaux de Evrard, ils suggèrent l’existence d’une véritable source d’oestrogènes au sein des mécanismes périphériques et centraux de la douleur. (4)
Pour en terminer avec les hypothèses hormonales, lors de ce congrès, ont également été exposés des travaux impliquant les neurostéroïdes. Ce sont des stéroïdes qui seraient directement synthétisés dans le système nerveux, et qui joueraient « un rôle déterminant dans la transmission et l’intégration des messages sensoriels responsables de sensations douloureuses. (5)
A propos des traitements médicamenteux, en France comme à l’étranger, de nombreuses études sont en cours. Les molécules les plus étudiées sont les anti-dépresseurs et les anti-épileptiques reconnues pour leur action antalgique centrale. Mais rappelons une fois de plus que le syndrome fibromyalgique fait justement intervenir des mécanismes de la douleur, à la fois périphériques et centraux. Les traitements sont donc multiples et complémentaires. Croire que le traitement médicamenteux soulagera à lui seul un tel syndrome relève de l’illusion. Il faut notamment, encore et toujours y associer une activité physique régulière, dosée, fragmentée, adaptée à chacun. Les exercices physiques ont un effet antalgique central qui peut être même parfois supérieur à celui des médicaments. C’est pourquoi nous terminerons cette mise au point en reproduisant ici les recommandations de l’EULAR, recommandations présentées lors du congrès 2006 de la Ligue Européenne Contre le Rhumatisme. (6,7)
1- Marchand S. Influences des hormones sexuelles sur les mécanismes endogènes impliqués dans le développement et la persistance de la douleur. Douleurs, 2006, hors série 2, CS 04
2- Madeleine P, Arendt-Nielsen L. Modèles expérimentaux pour l’étude des interactions sensorielles et motrices. Douleurs, 2006, hors série 2, CS 01
3- Aloisi A M. Hormones gonadiques et douleur : évidences cliniques et expérimentales< ; Douleurs, 2006, hors série 2, CS 03
4- Evrard H. Régulation de la nociception par des oestrogènes synthétisés directement dans la moelle épinière. Douleurs, 2006, hors série, CS 06
5- Guerroun R. Les neurostéroïdes : synthèse, régulation et mécanismes d’action. Douleurs, 2006, hors série 2, CS 05
6- Recommandations de l’EULAR 2006 pour la prise en charge de la fibromyalgie in La Douleur, guide d’un réseau pluridisciplinaire, Soyeux E, Laroche F, Editions scientifiques Let C. 2006, pp95
7- Laroche F ; La fibromyalgie- quoi de neuf en 2006 ? Réflexions Rhumatologiques, n°95, Tome 11, janv. 2007, p33-37